31/07/2004

Lu dans le journal Le Monde du 2 juillet 2004

Le petit village de Camembert (Orne), au cœur du pays d'Auge, mérite d'être inscrit dans les guides au moins pour trois raisons. Deux sont valorisantes, la dernière un peu moins. C'est ici que se situe le berceau d'un fromage succulent, connu dans le monde entier. Et à la ferme de la Héronnière, le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) de la famille Durand - trois associés et deux salariés - s'enorgueillit d'être le dernier fabricant fermier de camembert au lait cru d'appellation d'origine contrôlée (AOC). Les douze autres laiteries de Basse-Normandie appartiennent à des PME ou au géant agroalimentaire Lactalis (ex-groupe Besnier), dont le siège est à Laval.

Le petit problème de Camembert n'a rien à voir avec la gastronomie : au village et dans les environs immédiats, impossible d'utiliser son téléphone portable ! Ça ne passe pas ! Il existe bien une cabine téléphonique publique accolée au mur de la mairie, mais elle ne fonctionne qu'à pièces. Curieux retard technologique dans un lieu aussi célèbre...

Cela n'a pas empêché le village de fêter, à la mi-juin, l'inauguration d'une exposition (ouverte jusqu'au 15 septembre) à la Maison du camembert. Elle est consacrée à une saga familiale, celle des Lepetit, dont le nom en grosses lettres orne toujours les boîtes de bois de peuplier au fond rouge écarlate.

L'histoire commence en 1841, lorsque naît Auguste Lepetit, qui deviendra, au côté de son épouse Léontine, une maîtresse femme, le roi du camembert dans les années 1880 : il produit déjà dans ses usines, notamment à Saint-Maclou (Calvados), quelque 2 000 fromages par jour. Les fils Henri et Joseph dirigent ensuite une affaire dont le succès ne se dément pas. En 1975 enfin, l'industriel Michel Besnier prend une participation dans l'entreprise, puis son contrôle, en 1978.

L'usine a été refaite en 1987. Aujourd'hui, elle peut produire 80 000 camemberts par jour, moulés à la louche comme l'exige le cahier des charges, mais... par des robots. Rien à voir, bien sûr, avec la fabrique du GAEC Durand : le lait des 60 vaches donne naissance à 400 fromages par jour, qui, vendus sur les marchés locaux, n'en sont pas moins réputés. Et tout le monde dit ici qu'entre le David et le Goliath des fromages l'entente est parfaite....

François Grosrichard


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